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Braquo : Canal+ confirme, Marchal se répète

15 octobre 2009 3 commentaires

braquo

On le sait, la France est une handicapée de la série télé. Elle a su développer son “exception culturelle” à coups de sagas de l’été (“Puissaaaaaaaaaaaance et gloiiiiiiiiiiiiiire“, toujours un plaisir mon cher Herbert), de sitcoms abêtissantes (Jean-Luc Azoulay/Jean-François Porry enfoiré), de séries policières à la papa (Navarro, Julie “Mais ferme bien ta gueule” Lescaut…) et d’adaptations pathétiques (essayer de concurrencer CSI avec RIS, c’est comme tenter le 110 mètres haies en fauteuil roulant). Des formats qui plaisent encore à la sacro-sainte ménagère de moins de 50 ans (désolé m’man, tu les intéresses plus) mais que les autres ont de plus en plus de mal à suivre, élevés en plein air et au bon grain à grands coups de productions américaines autrement plus riches.

4844-braquo-serie-evenement-canal-plus-webMais y a du pognon à se faire avec les séries. Que ce soit TF1 (RIS & co), le service public (“Sur le fil“), M6 (“Les bleus“) ou Canal+ (“Scalp“, “La Commune“, “Mafiosa“…), toutes les grandes chaines ont créé leur pôle fiction et tente de tirer leur épingle du jeu. Personnellement, j’appréciais plutôt “P.J.” sur France 2, petite série sans prétention (148 épisodes quand même) qui avait compris que jouer la carte du réalisme et de la proximité était une bonne idée mais tout ça manquait un peu d’envergure.
Comme d’hab, c’est de la chaîne cryptée qu’est venu le salut. Canal+ a une tradition d’avant-gardisme (en reprenant les formats américains certes), de l’argent et des gens qui osent dans ses rangs. Peu étonnant donc de voir depuis quelques années apparaitre à intervalle régulier des créations originales qui, si elles ne sont pas forcément totalement abouties (il manquait à  “La commune” un petit quelque chose en cohérence, “Doom Doom” aurait mérité de durer beaucoup plus longtemps et “Scalp” souffrait peut être d’un casting un peu bancal) avaient le mérite d’essayer des choses et d’avoir de l’ambition.

Braquo” est donc la dernière création originale de la 4ème chaine et a connu un parcours un peu chaotique. Olivier Marchal (ancien flic aujourd’hui acteur, scénariste et réalisateur – “36 quai des orfèvres“, “MR73“) avait proposé une première série à Canal qui finalement l’avait laissée filer sur TF1, cette dernière la délestant de toute sa substance en tentant de l’adapter pour la ménagère. “Flics” a donc débarqué à l’automne 2008 sur la chaine qui rend con après que Marchal s’en est désengagé et annoncé qu’il bossait sur une nouvelle création destinée à Canal.

L’ancien flic a trouvé une formule efficace pour faire son trou dans le cinéma français : un retour au film noir (malheureusement délaissé depuis les années 80), des histoires inspirées de faits réels, une violence froide et toujours des flics qui naviguent à la limite de la légalité. Pas de surprise avec Braquo qu’il a co-écrit avec son complice Frédéric Schoendoerffer (“MR73“, “Truands” – Caubère gueulant “on me beurre pas la raie” reste un de mes plus beaux fous rires au cinéma -, “Agents Secrets“, “Scènes de Crime“), le duo a appliqué la recette à la lettre.

nicolas-duvauchelle-20070929-318137C’est d’ailleurs à la fois la force et la faiblesse de Braquo. Pour peu qu’on ait suivi un peu les films dans lesquels Marchal est intervenu, on sait ce à quoi on va avoir droit : une équipe de flic de terrain, habituée à frayer avec la voyoucratie à tel point qu’elle en a adopté les façons d’opérer, un officier au bout du rouleau, une hiérarchie couarde et consommatrice de bouc émissaire, des flics très humains, de l’alcool, du sexe et de la violence. Un petit gout de déjà vu donc mais au moins, cette fois, Marchal a réuni une nouvelle équipe (pas que son équipe “habituelle” soit déméritante, au contraire mais un peu de fraîcheur ne fait pas de mal) à qui il a, il faut bien le reconnaitre, distribué le même type de personnages que dans “MR73″ ou “36″.
KaroleRocher05_09Bon casting d’ailleurs ! Nicolas Duvauchelle en tête brûlée complètement camée a tout pour s’épanouir dans le genre, Karole Rocher et sa beauté torturée a totalement sa place dans cette équipe de mâles rugueux et Joseph Malerba et ses airs de Michael Chiklis a l’air d’être né pour ça. Quant à Jean-Hugues Anglade (pour qui c’est la première incursion dans un tel registre), après deux épisodes, il lui reste à finir de convaincre. Physiquement, il est au top : barbu, cerné, éteint, il campe a priori un bon chef d’équipe. C’est quand il prend la parole que la crédibilité de son personnage en prend un coup. On retrouve malheureusement encore trop le grand sensible qu’on a l’habitude de le voir jouer, il manque de cynisme, de violence, de cicatrices laissées par la réalité du terrain. Un léger bémol de ce coté là donc mais rien qui n’entache la qualité globale de ce qui promet d’être une très bonne série.

joseph malerbaOlivier Marchal le rappelait lundi dernier dans “Le Grand Journal” sur Canal+ : on loue la qualité de son cinéma pour son réalisme mais son premier souci en tant que scénariste et réalisateur, c’est le spectacle. En cela, il a été bien inspiré de piocher quelques références outre-Atlantique, du coté des furieux de The Shield. Comme la Strike Team de Vic McKey, l’équipe d’Eddy Kaplan (J-H Anglade) est adepte des opérations musclées, du chantage, de l’intimidation, de la cagoule et des gants. Et comme la Strike Team, ils sont prêts à tout pour se protéger les uns les autres, parfois contre eux-mêmes. D’ailleurs, on ne m’enlèvera pas de l’idée que Walter (joué par Joseph Malerba) a en grande partie été inspiré par Vic : trapu, chauve, l’air peu commode, il s’avère être un père de famille attentionné qui doit composer avec la maladie de sa femme (le coup des mômes autistes, ça aurait fait trop), ce qui l’enfonce peu à peu plus profondément dans la merde.

Dans les deux premiers épisodes diffusés (“Max” et “La ligne jaune“), l’action se concentre quasi-exclusivement autour des problèmes internes de l’équipe et même si on croise quelques truands (“vrais” voyous ou en cols blancs), ils ne sont qu’un accessoire. C’est là qu’un deuxième bémol se profile : il manque à l’histoire de Braquo (jusqu’ici) une autre dimension, plus sale, plus dure, celle des voyous auxquels ils vont bientôt se substituer. Attendons de voir ce que la suite nous réserve…

Enfin, on peut s’interroger sur l’image que Marchal veut donner à ses anti-héros. Super flics abimés par le boulot et le manque de confiance de la hiérarchie ? Fonctionnaires qui abusent de leur autorité ? On a comme souvent l’impression qu’il excuse les débordements de ses anciens collègues, comme si c’était “pas vraiment leur faute”. La fin justifie-t-elle les moyens, peut-on tout faire par amitié ? Avec en plus un petit coté poujadiste concernant l’IGS et la hiérarchie en général. De la vraie série noire, pas moralisatrice (encore heureux) mais peut être un peu complaisante jusqu’ici.

En tout cas, Braquo démarre bien et met en place dans ses deux premiers épisodes un paquet d’éléments explosifs qui promet un joyeux bordel. Bien joué, avec du caractère et un parti pris ambitieux, la série d’Olivier Marchal qui doit sortir en DVD dès début novembre devrait faire le même “carton” que ses films. A juste titre.

Hung, HBO victime d’un coup de mou

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Home Box Office, HBO pour les intimes, est à l’origine d’une partie des meilleures séries diffusées ces dernières années, la plupart connaissant aussi bien le succès médiatique que public. Jugez plutôt (le chien de Mickey) : Band of Brothers, The Sopranos, Oz, Sex ‘n the City (on en reparlera un jour), Six Feet Under, The Wire ou plus récemment le tordant Flight Of The Conchords ou encore True Blood.

thomas-jane-8th-annual-green-cross-millennium-awards-1JgIj6En juin dernier, la chaîne culte lançait donc sa dernière création, Hung. Il s’agit donc l’histoire de Ray Drecker, prof d’histoire quadragénaire (joué par Thomas Jane qui avait collaboré à la daube qu’est Punisher version 2004, en portant le t-shirt à tête de mort) dont la vie se délite : sa femme (Anne Heche) s’est barrée avec un nerd plein aux as, ses enfants (des faux jumeaux gothiques obèses) le méprisent, sa maison a pris feu et il n’a plus l’argent pour la remettre en état.
A la recherche d’un moyen de gagner de l’argent, il s’inscrit à un cours de création d’entreprise où il rencontre Tanya (Jane Adams), fille perdue à cheveux gras qu’il grimpera sans ménagement le soir même. Après qu’il s’est comporté comme le dernier des enfoirés, il prend conscience que son seul atout dans la vie est son énoooooooorme… bite. Aidé par Tanya qui jouera le rôle de mac, il décide de monnayer son talent. Ray devient donc gigolo…

Jusque là, tout va bien. On se dit que c’est HBO, que le sujet est un peu borderline et que ça peut donner lieu à pas mal de situations burlesques et bien senties (surtout avec des noms d’épisodes tels que “Great sausage or can I call you dick?“). Et là c’est le drame, à commencer par le casting.
rebecca-creskoff-2004-summer-fox-tca-all-star-party-3tusMTThomas Jane (monsieur Patricia Arquette) a toujours autant le charisme d’une moule et il est bien difficile de s’attacher au personnage. Avec son air benêt et malgré son physique de bellâtre, Ray (ou plutôt Thomas Jane) ne dégage rien : pas d’humour, pas de cynisme, pas de répartie cinglante, juste un mec médiocre mais doté d’un membre très apprécié des milieux autorisés. Un vrai manche à couilles en somme, pour lequel il est bien difficile de ressentir quoi que ce soit : ni admiration, ni jalousie, ni sympathie, ni mépris, tout juste une indifférence polie.
Une indifférence polie qui finalement sied assez bien à l’ensemble du casting, encore que les personnages féminins s’en sortent plutôt mieux, sans pour autant marquer les esprit. Les jérémiades de Tanya agacent, la candeur d’Anne Heche en fait une nunuche insupportable (encore que la fin de la saison permet d’espérer une amélioration de ce côté là) et les jumeaux mettent mal à l’aise (les expérimentations capilaires et vestimentaires adolescentes, alliées à un physique à la base difficile, ça fait beaucoup). Heureusement, quelques bons moments sont à mettre à l’actif des seconds rôles, Rebecca Creskoff (working girl castratrice et sans gêne) et Steve Hytner (gourou libidineux et baratineur) en tête.

hung-tanya-jane-adamsMais c’est surtout au niveau de son rythme et de son ton que Hung déçoit. N’espérez pas une débauche de luxure, la vie dans le business du sexe n’est pas facile (“It’s hard out here for a pimp” comme disait l’autre) pour un abruti bourrin et une complexée victime chronique. Donc non, Ray ne passera pas les 10 épisodes de la première saison à déglinguer tout ce qui bouge : il passera beaucoup plus de temps à se prendre la tête et à soigner les petits bobos de Tanya (qui le lui rend bien) qu’à gagner de l’argent et user de son appendice.
Et quand il passe à la casserole, c’est avec pudeur que la série fait l’ellipse des ébats (là où True Blood sur la même chaine faisait peu de cas de la censure). Finalement, à trop vouloir jouer la carte de la sensibilité (et viser un public féminin – ce qui somme toute est plutôt cohérent avec le propos de la série), on perd en humour ou en profondeur du propos (et ce malgré l’outil de Ray) : il n’y a pas vraiment de discours derrière Hung, si ce n’est (peut être) que les femmes peuvent reprendre le pouvoir en usant elles aussi du sexe tarifé. Mouais, on a vu plus percutant comme démonstration féministe mais heureusement, la question de la moralité de l’entreprise n’est pas au cœur des débats (la prostitution étant ici abordée d’un point de vue purement marketing).

Cependant, les deux derniers épisodes de la saison laisse présager du mieux pour la suite (la saison 2 est dors et déjà confirmée) avec la mise en place d’événements intéressants à développer mais dont je vous laisse découvrir la teneur vous-même.
On a connu HBO plus inspiré et surtout plus efficace pour lancer ses séries. Peut être faut-il laisser à Hung le temps de murir un peu mais c’est un pari risqué face à une concurrence toujours plus nombreuse et de qualité. Tant mieux pour le spectateur mais il serait dommage que de mauvais choix marketing précipitent la chute d’un laboratoire qui a donné naissance à tant de classiques télévisuels.

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